Ville d’Arras au Moyen Âge : Ce qu’un touriste aurait visité

Nemetacum, l’antique cité d’Arras semble relativement épargnée par les invasions du IIIème Siècle. Au IVème Siècle toutefois, le repli défensif de la ville précède les grandes invasions mettant fin à la présence romaine. Les Francs s’établissent au Vème Siècle.

Saint Vaast marque le début du Moyen Âge à Arras et c’est Saint Rémi qui le fit évêque alors que selon la légende, il instruisit le roi païen Clovis au catholicisme après sa victoire de Tolbiac en 496. Une représentation du sacre est encore disponible à la visite au musée de la ville, dans l’actuelle abbaye Saint Vaast. Si vous allez dans la préfecture du Pas-de-Calais, allez visiter le musée arrageois des Beaux Arts.

De l’abbaye Saint Vaast aux invasions normandes : Arras au début du Moyen Âge

Beaucoup de légendes évoquent Saint Vaast et les documents relatant l’abbaye du même nom sont souvent considérés comme des faux du point de vue historique. L’histoire nous dit toutefois que l’abbaye a déjà un beau rayonnement à l’époque de Charlemagne qui y nomme comme abbé son chancelier Randon de 795 à 808. C’est lui qui aurait permis la première reconstruction du monastère en 783. Plus tard,l’empereur Lothaire l’obtient en partage, Lothaire II la cède à Charles le Chauve et le monastère sert de palais royal temporaire. Une tradition qui va se poursuivre au long du Moyen Âge.

En 880, les normands débarquent à Arras en empruntant les les cours d’eau et notamment la scarpe. Ils incendient la cité, le bourg autour de Saint Vaast et les villages alentours. Raoul, nommé par Carloman commence des travaux de fortifications du monastère. Le système féodal se met en place.

Pouvoirs politiques et piété d’Arras symbolisée dans les monuments religieux

Les normands facilitèrent indirectement la mise en place du système féodal. Et comme pour le Moyen Âge normand, les arrageois vont avoir besoin de plus de protections du IXème au Xème siècle. Le châtelain représentant le comte de Flandre prend place avec un châtelet situé au niveau du théâtre actuel, de la maison des Orphéonistes et de la Salle des concerts en centre-ville. Sujet de lutte entre les Rois de France et les comptes de Flandre, Arras est finalement cédée par Hugues Capet au compte de Flandre Baudouin V (988-1035). Arras devient possession flamande dès lors pour 200 ans environ.

A Arras, la grande cathédrale a connu un sort assez similaire à d’autres en Europe : La cathédrale gothique fut en effet entreprise à partir de 1160 mais ne fut consacrée qu’au XVème Siècle.

Date importante : Le 12 décembre 1092, le pape Urbain II (ancien chanoine de Reims et moine de Cluny) décide que l’Eglise d’Arras élira son propre évêque et que l’archevêque de Reims Renaud le consacrera. C’est Lambert de Guînes qui est élu le premier à l’unanimité du clergé et du peuple.

Progressivement, le fait religieux devient très important à Arras et si l’enrichissement de la ville n’a pas supprimé la misère, l’arrivée de nouveaux ordres en plus des moins bénédictins vient renforcer l’aura religieuse. Ainsi, Franciscains, Dominicains, Carmes et Trinitaires s’installent au treizième siècle dans les faubourgs. Aujourd’hui encore l’ordre des clarisses et le monastère sont encore bien présents.

L’expansion d’Arras et son âge d’or

Il est deux particularités dans l’Arras du Moyen Âge : une très grande expansion du nombre d’habitants contribuant à une dimension européenne (jusqu’à 20000 à 25000 habitants) et une ville finalement séparée en deux administrations distinctes. Si la ville proprement dite est dirigée par le maire et l’échevinage, la cité épiscopale, elle, est tenue directement par le Roi de France (à partir de 1194).

Le port fluvial d’Arras est un atout incroyable pour le commerce régional des grains et l’import export. On parle d’échanges dans les foires de Champagne, de transit du textile y compris d’Ypres, Gênes, Gand, la Sicile, Naples, etc.

Il se développe ainsi une grande et une petite bourgeoisie, des hommes d’affaires et par extension un centre littéraire, le plus grand d’Europe. La confrérie des jongleurs fondée au douzième siècle et la Charité Notre-Dame sont ainsi particulièrement reconnues et représentées par des bourgeois.

Les marchés arrageois sont florissants et de nombreux marchands viennent investir les trois marchés hebdomadaires. Pour cela, ils louent en raison des taxes les carrières creusées sous la ville que l’on nomme encore aujourd’hui les Boves. La photo de notre présent article présente l’un des aspects souterrains d’Arras.

La période bourguignonne d’Arras et l’influence espagnole post Moyen Âge

A cause des guerres et épidémies notamment, Arras perd beaucoup de sa population au quatorzième et quinzième Siècle. L’Artois passe sous la possession du duc de Bourgogne en 1384. Durant la Guerre de Cent ans, Arras subit le siège de 1414 avant d’être en 1435 une pièce maîtresse dans le congrès et la paix.

Louis XI bannit les arrageois en 1479 en raison du soutien aux bourguignons et Maximilien d’Autriche s’empare de la cité en 1492. Un boulanger, Jean le Maire est en partie responsable de cette dernière acquisition.

La domination sur la Flandre par la France n’est plus une réalité suite à la bataille de Pavie e 1525. Cette période crée un nouveau mouvement pour Arras qui voit ici fleurir ses maisons caractéristiques des petites et Grand’Places, le beffroi et l’amélioration des échanges avec Anvers en raison de l’intégration de l’Artois dans les dix-sept provinces des Pays-Bas.

Source : Arras de Nemetacum à la Communauté Urbaine de Alain Nolibos, édité par La Voix du Nord en 2003.